Après plusieurs années d’absence, le Royaume-Uni revient officiellement dans Erasmus+ à partir de 2027. Ce retour est une excellente nouvelle pour l’éducation, la mobilité internationale et les établissements qui travaillent avec des apprenants européens. Pour les écoles de langues, les centres d’anglais et certains acteurs de la formation, cela peut ouvrir de nouvelles perspectives en matière de partenariats, d’accueil de groupes, de mobilité du staff, de développement pédagogique et de visibilité internationale.
Mais il faut être précis : le retour du Royaume-Uni dans Erasmus+ ne signifie pas que tout le secteur pourra automatiquement recevoir des financements dès demain. Les appels 2027 devraient s’ouvrir à partir de novembre 2026, avec des dates limites attendues en février 2027 selon les actions, et les critères exacts dépendront du type de projet, du statut de l’organisme et des règles publiées par la future agence nationale britannique.
Le Royaume-Uni revient bien dans Erasmus+, et ce n’est pas symbolique
L’Union européenne et le Royaume-Uni ont officialisé en avril 2026 l’association du Royaume-Uni à Erasmus+ pour 2027. La Commission européenne précise que les apprenants, personnels, établissements et organisations britanniques seront placés sur le même pied que ceux des États membres de l’UE et des autres pays associés au programme. Côté britannique, le gouvernement a indiqué que plus de 100 000 personnes au Royaume-Uni pourraient bénéficier du programme dès la première année.
Autre signal fort : le British Council a été désigné pour devenir l’agence nationale Erasmus+ au Royaume-Uni. Ce n’est pas un détail administratif. Cela veut dire qu’un cadre national va se remettre en place pour informer les organismes, diffuser les appels, accompagner les candidatures et piloter la mise en œuvre du programme au niveau britannique. Le British Council rappelle aussi que, sur la période 2014-2020, Erasmus+ a financé 8 091 projets au Royaume-Uni, touché 583 757 participants et attribué environ 1,1 milliard d’euros à des organisations britanniques.
Pourquoi ce retour compte particulièrement pour les écoles de langues
Le timing est intéressant. Le secteur britannique de l’enseignement de l’anglais reste important, mais il n’a pas encore retrouvé entièrement son niveau d’avant la pandémie. Selon English UK, 349 679 étudiants ont suivi des cours d’anglais dans ses centres membres en 2024, pour plus de 1,15 million de student weeks. Le secteur a retrouvé 76 % de ses volumes d’étudiants de 2019 et 72 % de ses student weeks. En parallèle, l’industrie ELT a généré 1,8 milliard de livres de valeur ajoutée brute pour l’économie britannique en 2024, contribué 300 millions de livres au Trésor public et soutenu 40 000 emplois équivalent temps plein.
Autrement dit, le marché est solide, mais encore en reconstruction. Erasmus+ peut donc devenir un levier complémentaire, non seulement pour recruter des groupes ou structurer des partenariats, mais aussi pour renforcer la résilience du modèle économique, surtout pour les écoles qui veulent diversifier leurs canaux de croissance.
Le gouvernement britannique lui-même replace l’educational travel et les short courses au cœur de sa stratégie internationale. Dans sa stratégie 2026, il souligne que les voyages éducatifs, les programmes courts, les micro-certifications et la formation continue jouent un rôle important dans l’écosystème éducatif britannique. Le document rappelle aussi qu’en 2023, le Royaume-Uni a accueilli 12,5 millions de youth and student travellers, soit 33 % des arrivées internationales.
Ce que les écoles peuvent réellement financer ou développer avec Erasmus+
Le premier réflexe serait de penser uniquement aux séjours linguistiques. Ce serait trop limité. Erasmus+ ne finance pas seulement des cours, mais des projets de mobilité et de coopération structurés, avec des objectifs éducatifs, des résultats attendus et une logique de développement institutionnel. Le programme couvre notamment la mobilité des apprenants et du personnel, ainsi que des partenariats entre organisations.
1) La mobilité du personnel
Pour une école de langues ou une école d’anglais, c’est probablement l’angle le plus accessible et le plus stratégique. Dans le cadre de l’adult education, Erasmus+ finance des mobilités pour le personnel : job shadowing, missions d’enseignement ou de formation, cours structurés et accueil d’experts invités. Les durées peuvent aller de 2 jours à 2 mois pour le job shadowing, de 2 jours à 1 an pour certaines missions d’enseignement, et de 2 à 10 jours pour les formations structurées.
En pratique, cela peut servir à envoyer des responsables pédagogiques observer des pratiques innovantes dans une école partenaire en Europe, former des enseignants à de nouvelles approches méthodologiques, développer l’inclusion, renforcer le digital, ou encore structurer des parcours autour du CLIL, de la formation enseignants, de l’enseignement aux adultes ou de l’English for Specific Purposes.
2) La mobilité des apprenants
Dans le champ de l’adult education, Erasmus+ permet aussi des mobilités individuelles ou en groupe pour les apprenants adultes. Les groupes peuvent partir de 2 personnes et les activités peuvent durer de 2 à 30 jours ; les mobilités individuelles peuvent aller de 2 jours à 1 an. L’idée n’est pas simplement de venir prendre des cours, mais de participer à une activité d’apprentissage structurée, transnationale, avec des objectifs éducatifs clairs.
Pour les écoles travaillant avec des adultes, cela ouvre des possibilités intéressantes : programmes d’anglais liés à l’employabilité, à la citoyenneté, à l’insertion, au numérique, à la communication professionnelle, ou encore à l’éducation tout au long de la vie.
3) Les échanges et projets pour les écoles
Pour les établissements positionnés côté school education, Erasmus+ finance aussi les mobilités d’élèves et de staff. Les écoles peuvent monter des projets de groupes, des échanges et des activités interdisciplinaires, et le gouvernement britannique cite explicitement les language exchanges parmi les exemples possibles. Des groupes de jusqu’à 30 élèves peuvent se rendre chez un partenaire pour 2 jours à 1 mois, et les mobilités individuelles peuvent aller jusqu’à un an.
Cela crée une opportunité indirecte mais réelle pour certaines écoles de langues britanniques : devenir partenaire d’accueil, prestataire pédagogique intégré à un projet scolaire, ou co-construire un programme linguistique et culturel avec une école européenne. Dans certains cas, ce ne sera pas l’école de langues qui déposera le projet, mais elle pourra devenir un partenaire opérationnel très utile.
4) Les partenariats de coopération
Erasmus+ ne finance pas uniquement des mobilités. Le programme soutient aussi les partenariats entre organisations, y compris dans l’adult education, le school education et le VET. Ces projets sont particulièrement intéressants pour les écoles qui veulent développer des ressources, des formats hybrides, de nouveaux parcours, des outils d’évaluation, des modules enseignants ou des projets d’innovation pédagogique.
Pour les structures qui veulent entrer plus progressivement dans le programme, les small-scale partnerships peuvent être une bonne porte d’entrée. Le guide 2026 prévoit pour ces partenariats, dans les domaines school education, adult education et VET, une date limite au 5 mars à midi heure de Bruxelles, avec une possible seconde vague au 1er octobre si l’agence nationale l’ouvre.
Toutes les écoles de langues sont-elles automatiquement éligibles ?
Non, et c’est probablement le point le plus important à clarifier.
Le programme s’adresse à des organisations éligibles selon leur champ : school education, adult education, VET, higher education, youth, etc. Dans le champ de l’adult education, sont notamment visées les organisations proposant une éducation formelle, non formelle ou informelle pour adultes, ainsi que des services d’accompagnement et des structures publiques ou de coordination.
En revanche, la frontière entre adult education et VET peut être décisive. Le guide officiel précise que les organismes proposant de la formation professionnelle à des adultes sont généralement considérés comme des providers VET, et non comme des providers adult education. Il faut donc bien positionner son activité avant de candidater.
Autre nuance importante : dans la guidance VET britannique, le gouvernement précise que, pour les mobilités de groupe, les activités commerciales de type language school courses ne sont pas éligibles au financement. Cela ne veut pas dire qu’une école de langues n’a aucun rôle possible, mais cela signifie qu’un simple achat de cours en école de langues, pris isolément, ne suffit pas à rendre un projet finançable dans ce cadre.
En clair, pour une école de langues privée, il faut éviter l’erreur classique consistant à se dire : « Erasmus revient, donc on pourra vendre des cours Erasmus comme avant. » La réalité sera plus subtile. Les meilleures opportunités seront souvent dans l’un de ces quatre positionnements :
- organisme éligible en adult education,
- acteur relevant du VET si l’offre a une dimension professionnelle forte,
- partenaire ou structure d’accueil dans des projets portés par d’autres,
- coordinateur ou membre d’un consortium si le modèle s’y prête.
L’accréditation Erasmus : un sujet à prendre au sérieux
Le programme prévoit un système d’accréditation pour le VET, le school education et l’adult education. Cette accréditation permet un accès simplifié aux financements de mobilité, à condition d’avoir un vrai Erasmus Plan et une stratégie de développement claire. La Commission européenne précise qu’aucune expérience préalable n’est nécessaire pour candidater à l’accréditation.
Pour les organismes qui débutent, les short-term projects sont souvent le meilleur point d’entrée. Le guide 2026 indique explicitement que ces projets de 6 à 18 mois sont le meilleur choix pour les organisations qui postulent pour la première fois ou qui veulent organiser un nombre limité d’activités. Dans l’adult education et dans le VET, le guide 2026 fixe la première échéance au 19 février à midi heure de Bruxelles, avec une seconde échéance possible au 1er octobre si l’agence nationale l’ouvre.
Pour une école de langues, cela veut dire qu’il faut commencer à réfléchir dès maintenant : veut-on tester Erasmus+ par un petit projet de mobilité, ou construire une stratégie plus long terme via une accréditation ?
Les angles les plus intéressants pour une école d’anglais en 2026-2027
Au lieu de communiquer de manière générique sur le retour d’Erasmus, les écoles de langues ont intérêt à travailler des angles plus précis.
Devenir partenaire expert pour les mobilités éducatives
Une école peut se positionner comme partenaire de confiance pour accueillir des groupes, concevoir des programmes sur mesure, intégrer des visites pédagogiques, du project work, de l’English for employability ou des contenus culturels. C’est particulièrement pertinent si elle sait travailler avec des lycées, centres de formation, municipalités, organisations jeunesse ou structures d’éducation des adultes.
Développer une offre staff training
Le retour d’Erasmus+ crée une demande potentielle pour les formations de personnel : methodology refreshers, CLIL, inclusion, SEND, digital pedagogy, observation and coaching, leadership programmes, teacher development weeks, etc. Comme la mobilité du staff est clairement finançable dans plusieurs volets du programme, c’est un angle commercial et pédagogique très crédible.
Miser sur l’adult education et la lifelong learning
Les organismes capables de démontrer un impact sur la montée en compétences, l’inclusion, la confiance, les compétences clés ou l’éducation tout au long de la vie auront un positionnement très fort. C’est un langage Erasmus+, mais aussi un langage qui parle aux collectivités, aux associations et à de nombreux partenaires européens.
Construire des partenariats plutôt que vendre uniquement des séjours
Les plateformes officielles à utiliser pour chercher des partenaires existent déjà : European School Education Platform pour le scolaire, EPALE pour l’éducation des adultes, SALTO pour la jeunesse. Le gouvernement britannique recommande explicitement d’utiliser ces canaux pour préparer les futurs projets.
Ce que les écoles devraient faire dès maintenant
Le gouvernement britannique recommande aux organismes intéressés de profiter de 2026 pour préparer le terrain. La prochaine vague de financement est attendue à partir de novembre 2026, et un site dédié de l’agence nationale britannique doit être lancé d’ici l’été 2026. En attendant, les établissements sont encouragés à réfléchir à leurs idées de projets, à développer leurs partenariats européens et à préparer leur enregistrement administratif.
Concrètement, pour une école de langues, voici les priorités les plus intelligentes :
- clarifier son statut réel : adult education, VET, school support partner, host organisation, ou combinaison de plusieurs rôles ;
- créer ou mettre à jour son OID via le système européen d’enregistrement des organisations ;
- identifier quelques partenaires européens sérieux ;
- préparer une offre Erasmus-ready avec objectifs pédagogiques, learning outcomes, process d’accueil et éléments de suivi.
Le gouvernement britannique indique que les projets gérés par l’agence nationale nécessiteront un OID, tandis que les projets gérés directement par l’EACEA nécessitent un PIC.
Un autre angle à ne pas négliger : le soft power et l’attractivité du Royaume-Uni
Le retour d’Erasmus+ a aussi une portée plus large. La stratégie internationale britannique souligne que le Royaume-Uni reste une destination forte pour l’éducation, les short courses, la formation enseignants et l’anglais. Le British Council insiste de son côté sur l’importance des échanges éducatifs pour les liens humains et l’influence internationale. Pour les écoles de langues, cela veut dire que l’opportunité n’est pas seulement financière. C’est aussi une opportunité de repositionnement : redevenir un acteur central des échanges européens, de la mobilité éducative et de la coopération internationale.
Conclusion
Oui, Erasmus+ est bien de retour au Royaume-Uni. Oui, cela peut créer de belles opportunités pour les écoles de langues, les écoles d’anglais et certains centres de formation. Mais les gagnants ne seront pas forcément ceux qui attendent simplement le retour des groupes. Ce seront plutôt les établissements capables de comprendre les règles du programme, de se positionner au bon endroit, de bâtir des partenariats solides et de proposer une vraie valeur éducative.
Pour beaucoup d’écoles, la bonne stratégie ne sera pas seulement de vendre des cours. Elle sera de devenir un partenaire Erasmus+ crédible : pour la mobilité du staff, l’accueil de groupes, la co-construction de projets, l’innovation pédagogique et l’ouverture européenne. Et dans un secteur ELT britannique encore en phase de stabilisation, ce retour pourrait bien devenir l’un des leviers les plus intéressants des prochaines années.
Sources utiles
- Commission européenne – annonce officielle sur l’association du Royaume-Uni à Erasmus+ en 2027
- GOV.UK – guidance officielle sur Erasmus+ pour les providers au Royaume-Uni
- British Council – future National Agency for Erasmus+ au Royaume-Uni
- Erasmus+ Programme Guide 2026
- English UK – chiffres 2024 et impact économique du secteur ELT
- English UK – facts & figures
- British Council – Language Trends England 2025
- GOV.UK – Erasmus+ guidance for adult education
- GOV.UK – Erasmus+ guidance for schools
- GOV.UK – Erasmus+ guidance for vocational education and training (VET)
- Commission européenne – Erasmus accreditation
- Commission européenne – Small-scale partnerships
- UK International Education Strategy 2026


